En novembre 2025, l’UTPF (Union des Transports Publics et Ferroviaires), le GART et FRANCE SILVER ECO ont uni leurs forces autour d’un guide de bonnes pratiques dédié la mobilité des seniors. Actuellement, 22 % de la population a plus de 65 ans, et ils seront 26 % en 2040. Ce changement majeur appelle à repenser nos mobilités, pour que chacun·e, quel que soit son âge, puisse continuer à se déplacer librement et en toute sécurité.
PROJECTIONS DÉMOGRAPHIQUES
Tout d’abord, la population française vieillit de manière « structurelle ». Selon l’INSEE, les 65 ans ou plus, qui représentent 22% de la population en 2025 (15 M), représenteront 26% de la population en 2040 et 29% en 2070 (20M). Sur la même période les 75 ans ou plus passeront
de 7,4M (11%) à 12,1M (18%).
Ensuite, nous traversons une décennie (2020-2030) marquée par l’augmentation du nombre de personnes âgées de 75 à 84 ans. Cette catégorie va passer, dans la période, de 4 à 6 millions de personnes. Si cette tranche d’âge n’est pas, dans la plupart des cas, synonyme de dépendance, elle représente le temps de l’apparition des fragilités, parfois invisibles (audition, vue, maladies chroniques…) et de décisions importantes (lieu de vie, mobilité…) permettant d’anticiper, voire de décaler, l’enclenchement d’un processus de dépendance.
Enfin, le vieillissement qui ne va pas concerner tous les territoires dans les mêmes proportions. Tout d’abord parce que l’on ne vieillit pas de la même manière dans le centre-bourg d’une petite ville qu’au cœur d’une grande métropole, notamment en termes de distance par exemple pour l’accès aux services. Ensuite, parce que des dynamiques s’installent, entre des territoires attractifs et d’autres qui le sont moins.
Pour celles et ceux qui auront la capacité financière, la qualité de vie et l’évolution climatique contribueront à rendre certains territoires plus attractifs que d’autres.
LIMITES DU MODÈLE ACTUEL
Les questions de qualité et de coût du modèle de prise en charge de la perte d’autonomie, prennent une ampleur stratégique. Notre modèle
atteint ses limites. Basé sur une approche principalement curative et médico-sociale, il cumule les désavantages : coût trop élevé, et qui ne va cesser de croître avec l’arrivée dans le grand-âge de la génération des baby-boomers et trop faible recours à la prévention, notamment en termes d’activité physique adaptée, pourtant au cœur de la mécanique d’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé. Face au souhait majoritaire exprimé par les seniors de vieillir à domicile, des réponses sont apportées ou soutenues, notamment en termes d’adaptation des logements, de services à la personne ou de mobilité inversée. Néanmoins, ce virage domiciliaire ne pourra être totalement abouti que s’il est adossé à une politique de
mobilité pertinente et adaptée, permettant un accès aux services et notamment à la santé ou plus simplement à du lien social.
ÉVOLUTION ANTHROPOLOGIQUE
Sans tomber dans la caricature, force est de constater que les enfants nés dans la période du « baby-boom » sont porteurs de paradigmes et de revendications depuis la sortie de leur enfance. Si cette génération souhaite, à juste titre, cultiver sa liberté notamment lorsqu’il s’agit de son lieu de vie, le plus longtemps possible, celle-ci a également été contemporaine de l’essor de la voiture individuelle, synonyme de liberté et de réussite sociale. Malheureusement, cet outil de liberté peut également être la cause d’une assignation à résidence quand certaines fragilités apparaissent et entravent la conduite.
LA MOBILITÉ COMME LEVIER DE MAINTIEN DE L’AUTONOMIE
Face à l’ensemble de ces défis, l’accès à la mobilité notamment à travers des transports publics constitue une réponse crédible et adaptée à la transition démographique et aux spécificités territoriales. Les solutions de transports publics doivent tout d’abord constituer une alternative à la voiture
individuelle, à la condition de prendre en compte les fragilités des publics seniors et d’accompagner ces publics à leur usage, avant que celles-ci n’empêchent l’utilisation de la voiture. Se déplacer, notamment grâce aux transports publics, doit permettre de garantir un accès aux services et notamment à la santé, en apportant une réponse aux déserts médicaux. Il s’agit plus globalement de lutter contre l’isolement et de garantir le lien social. La mobilité dépasse le simple enjeu du déplacement, il s’agit de se projeter sur un territoire, d’avoir des perspectives, peu importe son âge, ses
fragilités ou son lieu de vie.
Enfin, développer l’usage des transports publics à destination des seniors s’accompagne du développement de la marche à pied et des mobilités actives dans une logique d’intermodalité, dont les effets sur l’espérance de vie en bonne santé sont aujourd’hui démontrés.