Sur l’année scolaire 2024-2025, le collège La Coutancière à La Chapelle sur Erdre s’est engagé dans une nouvelle expérience. Celle de l’écomobilité. Et Alisée aussi. Jusqu’ici habituées aux écoles primaires et ses enjeux, les équipes terrain accompagnent pour la première fois un collège du bassin nantais. L’objectif est d’élargir la sensibilisation aux habitudes de déplacements vers des publics différents, et de faire prendre conscience à l’ensemble des acteurs du collège des enjeux très variés de l’écomobilité : impact santé, pollution sonore, bien-être, activité physique, pollution atmosphérique
Méthodologie et retours d’expérience
Concrètement, le constat de départ pour le collège La Coutancière est plutôt positif en termes d’offre de mobilité durable. La commune de la Chapelle sur Erdre est bien desservie en transports en commun et près de 80% des élèves sont inscrits au transport scolaire collectif pour se rendre au collège. Pour autant, nous observons au quotidien, des parents sollicités régulièrement pour faire la navette en voiture dans différentes situations : pour emmener leurs ados à leur activités sportives, aux options scolaires qui se trouvent dans d’autres lieux d’accueil que le collège, pour coller à un emploi du temps qui ne concorde pas avec les horaires du car scolaire ou qui est modifié à la dernière minute, en cas de pluie en lieu et place du vélo ou de la trottinette … Ces exceptions du quotidien qui deviennent régulières et pour lesquelles il est pourtant possible de trouver des solutions d’écomobilité, qu’elles soient actives ou partagées. Le trajet entre le domicile et l’arrêt de car scolaire est également à questionner. Il n’est pas rare d’apercevoir un ballet de voitures aux abords de ces abribus. Et si créer moins d’arrêts de car permettait, par exemple, de basculer sur l’usage des modes actifs via les pistes cyclables ?


Notre enquête terrain envoyée à plus de 500 élèves du collège nous révèle qu’un collégien sur 2 ayant répondu à notre sondage, habite à moins de 5 kilomètres du collège. Un potentiel d’une centaine d’élèves à accompagner sur les modes actifs : vélo, trottinette, marche à pied pour ne citer que les principaux. Ces 5 kilomètres se parcourent en environ 20 minutes à vélo. Pour rassurer les parents et inviter les adolescents à un moment collectif et festif, nous avons décidé de tester un vélo bus avec des accompagnants adultes afin de lever le frein principal, celui de la sécurité routière, de la cohabitation entre les voitures et les vélos, mais aussi dans le but de créer une dynamique positive pour l’adolescent : celle de l’autonomie vis-à-vis des parents, de la liberté de circuler en modes actifs, de l’intérêt d’habitudes mobiles quotidiennes pour son bien-être physique et mental.
Car si notre enquête nous montre qu’une majorité des répondants souhaiteraient se déplacer en modes actifs s’ils le pouvaient, la simplicité de l’organisation et le confort de la voiture de ses parents restent des arguments très forts pour la voiture individuelle. Toutefois, sensibiliser ses enfants à d’autres manières de se déplacer, leur apprendre à s’autonomiser, à “faire en collectif” et à trouver des solutions alternatives à la voiture, est une démarche constructive pour un adulte en devenir.
Nous avons utilisé d’autres outils d’animation dans ce projet d’accompagnement. La marche exploratoire nous a aidé à construire le diagnostic d’accessibilité au collège. Cet outil très concret identifie les aménagements existants, les usages et pointe les incivilités. Un simple exemple observé : les parents qui se mettent à cheval sur les trottoirs devant le collège pour un dépose minute souvent rapide mais qui peut s’avérer gênant. Pendant la semaine du Défi Mobilité en Pays de la Loire, les élèves se sont mobilisés pour venir au collège de manière plus durable, et ont même eu l’occasion de monter sur le podium dans leur catégorie. La police municipale a également joué un rôle de facilitateur en fermant le parking du collège pour inviter les élèves à finir les 300 mètres à pied. Dès que le parking a ouvert à nouveau, les habitudes sont revenues, mais notre rôle est de tester, de mettre en relation les acteurs de la mobilité et de pérenniser les changements dans le temps.
L’équipe pédagogique du collège La Coutancière s’est montrée très impliquée dans ce projet qui s’est déroulé sur une année scolaire complète. C’est grâce à elle que nous avons transformé l’espace disponible mis à notre disposition pour créer une dynamique collective, basée sur le respect, l’entraide et la solidarité.
Consulter l’affiche du vélobus organisé
Ecole primaire versus collège : ce qui change
La transition entre l’enfance et l’âge adulte est une phase de vie qui oriente doucement vers l’autonomie, avec l’entrée dans les études supérieures et la réflexion sur l’avenir professionnel. Si l’adolescence est un moment intéressant pour mettre en place de nouvelles habitudes, ce n’est pas pour autant la période la plus facile à prendre en main, humainement.
En ce sens, la création d’un vélobus avec un encadrement composé d’adultes référents (ex, directeur du collège, parent, élu …) fait face à des freins d’ordre de l’appartenance au groupe. A cet âge, les élèves sont plutôt en recherche de cohésion avec un groupe dans la même tranche d’âge et marquent souvent leur rejet de l’autorité et de la hiérarchie. Les équipements vélos très visibles (gilets fluorescents) n’ont pas eu un capital sympathie et tendance pour les adolescents qui souhaiteraient entrer dans cette démarche de mobilité active de manière discrète. Plus les élèves grandissent, plus il est difficile de faire adhérer aux démarches décidées par les adultes et le corps enseignant.
Là où les enfants de 6 à 11 ans sont forces de proposition, dynamiques et engagés sur des projets extra-scolaires tels que l’écomobilité, soutenus activement par leurs parents, les adolescents se mettent plutôt en retrait. Les parents de collégiens se mettent également en retrait par rapport au corps enseignant, permettant à leur enfant de gagner en autonomie et par conséquent sont moins impliqués dans la vie de l’école. L’échelle géographique du collège est différente : avec un emploi du temps variable (pas d’heures fixes de début de journée et de fin de journée) et une proximité du domicile plus éloignée (10 à 20 kms), les enjeux de déplacement et les solutions possibles doivent être réinventées.
Pistes d’évolution du projet d’écomobilité scolaire
Suite à cette première expérimentation, un nouveau collège s’engage en 2025-2026, celui de Saint-Exupéry à Savenay. Pour confirmer la démarche, la faire évoluer auprès de ces nouveaux publics, et toujours en nous adaptant au territoire et aux besoins de l’établissement scolaire.
Après les écoles primaires et les collèges, ce sont les lycées qui sont dans les starting blocks pour démarrer leur accompagnement à l’écomobilité : Ma Région écomobile : ton trajet, ta planète ! 18 mois pour construire un plan d’actions concret qui mêlera sensibilisation, communication et aménagement. Ce plan de déplacement établissement scolaire (PDES), financé par la région Pays de la Loire, sera imaginé par les membres des comités de pilotage regroupant des élus et des techniciens des collectivités, des élèves, des enseignants, des membres de l’administration du lycée, des groupes d’usagers du vélo par exemple. Un espace d’échange qui permettra de définir les actions prioritaires : par exemple communiquer sur l’offre de mobilité du territoire ou bien réaménager la rue devant le lycée (pistes cyclables, trottoirs, parkings bus …). Ce projet sera suivi par Alisée et la région Pays de la Loire après 6 à 8 mois et a comme objectif de se poursuivre dans le temps.
Compte tenu de la difficulté à sensibiliser et à engager des adolescents sur la question climatique, nous envisageons d’axer notre approche sur l’argument santé qui rassemble tout le monde, à la fois la santé mentale et physique (’activité physique et sportive, grande cause nationale en 2024, la santé mentale en 2025). La SRAE nutrition Pays de la Loire, a d’ailleurs rédigé une stratégie nationale Sport-Santé 2025-2030, dans laquelle l’écomobilité pourrait totalement s’intégrer dans le but de lutter contre la sédentarité et améliorer le bien-être des jeunes.